Enquête de l’OCDE sur l’Education : du bien-fondé de la refondation

Enquête de l’OCDE sur l’Education : du bien-fondé de la refondation.
Par Michel Rose
Le rapport annuel de l’OCDE sur l’éducation (Education at a Glance 2012: OECD Indicators) déplore les mauvais résultats de notre système éducatif – une fois de plus, pourrait-on dire…Cette édition met l’accent sur la baisse en France du taux de scolarisation des adolescents de 15 à 19 ans pour la période 1995 – 2010 (baisse de 89 à 84%). 71% des jeunes déscolarisés de cette tranche d’âge sont sans emploi contre 54% en moyenne dans le reste de l’OCDE. Il y a donc un réel problème de décrochage et d’insertion à la sortie du cycle scolaire. Rien de neuf, en somme ?
Si, quand même. Le rapport 2012 ne ressemble pas aux précédents parce qu’il est le premier publié sous un gouvernement socialiste depuis 15 ans, qui a notamment bâti son ambition pour l’école sur le défi du recul du décrochage scolaire.
Contrairement aux précédents, il évoque la scolarisation en maternelle ; sur ces paliers, ce serait l’accueil et non l’encadrement qui poserait difficulté (20 élèves par classe contre mois de 10 en Suède).
Les rythmes scolaires seraient quant à eux excessivement segmentés dans l’année et le temps d’enseignement moyen plus important que chez nos partenaires européens (7500 contre 6862 dans le reste OCDE).
Enfin, l’OCDE dénie toute crise des vocations ou de recrutement (voilà qui va apporter de l’eau au moulin de V. Peillon !). Il met l’accent sur l’absence de reconnaissance ressentie par les enseignants.
Que nous apprennent ces chiffres et ces constats si ce n’est le bon sens des choix politiques de ces derniers mois ?
D’abord, c’est bien d’une refondation pensée, profonde et structurée dont a besoin l’Ecole et non d’un millième bricolage. Cet objectif rompt avec la logique d’urgence trop souvent imposée à l’agenda des gouvernements et qui a relégué la question du décrochage à un rang de préoccupation subalterne. L’acharnement de la droite à apporter une réponse ciblée à la violence et à l’absentéisme scolaire au moindre incident a fait perdre beaucoup de temps sur la question du traitement efficace du décrochage scolaire.
Ensuite, s’agissant de la réussite des jeunes, le rapport 2012 nous confirme aussi le bien-fondé d’une action à long terme, davantage ciblée vers la prévention du décrochage dès le plus jeune âge. Tout se joue à la maternelle et en primaire. Or, sous couvert de « maillon faible », les moyens humains et financiers ont historiquement été mobilisés sur le niveau collège.
Enfin, au-delà de sa lecture, ce document pose en filigrane, cette année encore, des questions qui méritent une réflexion courageuse enjambant les contingences historiques et de vieux réflexes conservatistes de maintien absolu de la paix syndicale.
Par exemple, en 2010, la Cour des Comptes a chiffré le coût du redoublement (2 milliards d’euros). A-t-on intérêt à maintenir en France ce procédé que l’on sait étranger au reste de l’Europe? La question a été prudemment évacuée lors de la campagne des primaires socialistes. Elle mériterait pourtant une étude d’impact pédagogique et économique.
Le déploiement des effectifs, lui aussi pose problème. La pénibilité varie en fonction du type de poste et de l’expérience de celui qui l’occupe. Or, notre mécanisme actuel d’affectation va à contre-courant de la logique d’émulation des enseignants et de réussite des élèves ; au lieu de valoriser l’expérience enseignante sur des postes réputés difficiles, il fragilise les vocations des jeunes professeurs.
Au-delà de l’école, le rapport appelle notre attention sur l’insertion. S’il faut mettre le paquet sur l’entrée dans le système scolaire, ne sacrifions pas pour autant les sortants qui sont le moteur de l’économie de demain. La crise de l’insertion et de l’orientation appelle donc aussi à refonder d’urgence un service public de l’orientation tout au long de la vie performant !