Docteur Jennifer ne vaut pas docteur John !

Pensez-vous que les diplômes diminuent le poids du genre dans l’évaluation des compétences, que ce qui compte pour un avocat ou un ingénieur, c’est plus ses compétences et son expérience que son sexe ? Des chercheurs de Université de Yale vient de faire une petite enquête amusante (sic !) qui montre qu’il n’en ait rien. Ils ont envoyé à 127 professeurs de biologie (avec un échantillon aléatoire en double aveugle) le même CV, portant tantôt le prénom de John et tantôt celui de Jennifer ; ils n’étaient pas en position de recruteur mais d’évaluateur auquel un étudiant demande son aide avant de postuler pour un emploi de responsable de laboratoire. Les 127 ont donc noté leur candidature : Jennifer a obtenu 3,2/5 en compétence, alors que John avec le même CV obtenait 4/5 ; en employabilité 2,9 contre 3,7 et 4 contre 4,7 en appui que les professeurs accepteraient d’apporter à l’impétrant-e. Quant au salaire, il était évalué à 15 % inférieur (26 000 contre 30 000)… Tout cela avec exactement le même CV ! Comme l’expliquent les auteurs, la recherche montre que le biais de genre est important parce qu’il doit se traduire en réalité en désavantages substantiels et en dévalorisation du travail féminin, ce qui est extrêmement pénalisant dans un monde aussi compétitif que celui de la recherche. Et en tout cas, cela contribue à expliquer pourquoi les femmes se détournent des professions scientifiques.

Bien sûr, il ne s’agit que d’une enquête ponctuelle, aux États-Unis, dans un domaine particulier. L’article a reçu un large écho et a été fortement commenté. On trouvera par exemple dans les commentaires publiés sur le site du journal canadien Le Soleil quelques explications de « l’infériorité » des femmes et des bonnes raisons pour ne pas les embaucher. Juste un pour le fun : « Les retards pris par les petits laboratoires qui ont la “malchance” d’être “victimes” de grossesses et congés de maternité en série peuvent être létaux. » L’auteur, sous le pseudonyme de “Honorable” ne doit pas connaître le faible taux de fécondité des universitaires américaines (qui avait pourtant été dénoncé il y a quelques années au Canada).