Touche pas à mon maire

L’avenir n’attend pas s’engage en faveur des petites communes. Alors que nous pensons que la démocratie doit prendre mieux en considération la démocratie locale et l’action politique de proximité, nous considérons qu’il ne faut pas supprimer les communes de moins de 5000 habitants. Voici les principaux arguments développés dans le Figaro de ce jour

 

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Touche pas à mon maire !

François BOUCHON / Le Figaro

FIGAROVOX/TRIBUNE- En exclusivité pour le Figarovox, la tribune de Jean-Louis Bianco, ancien Ministre, de Juliette Méadel , avocate.

 


 

Juliette Méadel est conseiller d’arrondissement de Paris, présidente-fondatrice de L’avenir n’attend pas1

Jean-Louis Bianco est Ancien Ministre, membre de L’avenir n’attend pas2.

 


 

A quelques jours des élections municipales, et alors que le gouvernement cherche à faire baisser la dépense. Alors que le gouvernement cherche à faire baisser la dépense publique, le concours Lépine de la meilleure idée pour réduire les coûts dans les collectivités locales est ouvert. Une fausse bonne idée circule: la suppression des mairies de moins de 5000 habitants

publique, le concours Lépine de la meilleure idée pour réduire les coûts dans les collectivités locales est ouvert. Parmi les idées reçues qui circulent, il en est une qui s’apparente fort à une fausse bonne idée: la suppression des mairies de moins de 5000 habitants. Voici pourquoi.

Rappelons tout d’abord que, lorsqu’il fait bien son travail, comme dans l’écrasante majorité des cas, le maire se consacre à la vie de sa commune tous les jours, même le dimanche. Quelles que soient ses motivations, un bon maire est un maire présent, disponible, ayant le sens de l’utilité publique et le désir d’aider ses électeurs. Élu sur son nom et sur sa capacité à fédérer une équipe, le maire se met personnellement en jeu: sa couleur politique importe bien moins que son goût pour l’action locale et son sens de l’empathie. En effet, loin des projecteurs et de Paris, l’élu d’une ville de moins de 5000 habitants prend en charge des demandes ou des démarches bien plus prosaïques que celles qui sont adressées aux députés ou aux ministres. Le maire œuvre, par exemple, et dans les limites de ses moyens matériels et humains, à l’amélioration de la vie quotidienne de ses administrés, à la conduite de projets, comme la construction d’une école, au suivi des personnes âgées isolées, ou encore à l’aménagement d’un terrain de football avec une association de jeunes ; il intervient en cas de trouble à l’ordre public pour tenter une médiation et il recherche des solutions pour conserver un commerce de quartier voire pour cela en préemptant un bail commercial.

Ainsi, pour réussir, être reconnu et apprécié, il faut savoir écouter et s’acharner pour faire comprendre et prendre en compte les préoccupations des habitants de la commune. Il faut surtout accepter d’être disponible sans autre compensation que l’estime de ses électeurs à côté d’un modeste salaire mensuel brut de 646,25 € pour les maires des communes de moins de 500 habitants, de 1 178,46 €, pour ceux des communes de moins de 999 habitants par mois et de 1634€ pour ceux d’une commune de moins de 3500 habitants.

Dès lors, pourquoi envisager de supprimer les petites communes? La suppression de l’échelon communal, en dessous de 5000 habitants permettrait-elle vraiment de réaliser des économies substantielles?

Rappelons que, créés en 1789, les communes sont les plus petites divisions administratives et sont venues remplacer les paroisses fiscales dans un mouvement révolutionnaire puisque chaque entité avait alors le même statut, avec un conseil municipal élu par les habitants et un maire. Depuis, et pour mutualiser les coûts, plusieurs strates ont été ajoutées, communautés de communes, intercommunalités… Or, les dépenses globales n’ont pas réellement diminué généralement, pour des raisons de mutualisation insuffisante. La suppression des petites communes apparaît encore trop souvent comme la panacée mais ne contribuerait en rien à l’amélioration de la gestion des structures intercommunales.

Alors que les 34 500 communes de moins 5000 habitants représentent 86% des mairies de France, leur suppression ou leur fusion n’aurait que des inconvénients. Sur le plan financier, l’économie à attendre de la suppression des communes de moins de 5000 habitants serait dérisoire, voire négative dans la mesure où elle aurait pour effet d’augmenter la bureaucratie administrative intercommunale, plus lointaine, plus couteuse et moins démocratique que le maire. Sur le plan politique, dans les petites communes rurales la suppression du maire risquerait d’aggraver la désertification pour un gain d’efficacité du service rendu, plus que contestable.

La France est l’un des rares pays d’Europe qui dispose d’un maillage territorial garantissant une présence civique de proximité. Chaque citoyen dispose ainsi, au seuil de sa porte, d’un représentant de la République et ce à un coût inégalé! Les actions de porte-à-porte menées dans le cadre de cette campagne sont autant de poignées de main et de discussions qui ont leur importance, surtout auprès des personnes isolées et la plupart des maires les assument en dehors des campagnes électorales pour maintenir le lien social.

La bonne nouvelle c’est qu’il y ait encore autant de candidats aux élections municipales. Les chiffres sont éloquents: 958 000 personnes seront candidats dimanche prochain. Loin des clichés sur la désaffection du citoyen pour la politique, les Français qui, par ailleurs, se méfient des partis traditionnels et des promesses de campagne, continuent à se mobiliser pour le service de la République puisque seulement 0,01% des 36 000 communes n’ont pas trouvé de candidats

Pour les communes de moins de 500 habitants et celles qui sont les plus isolées géographiquement, le maire est le dernier et indispensable maillon qui permet de garantir un minimum de lien social et de relations avec les pouvoirs publics. A l’heure où le contact entre les institutions politiques et administratives avec les citoyens s’effiloche il faut garder ce lien, précieux, intime, direct. Gardons-nous des projets de réformes qui montreraient, si elles étaient adoptées, que leurs concepteurs sont définitivement coupés de la réalité de terrain. Le service rendu au public par les maires, pour un coût réel négligeable, est essentiel pour la démocratie et la République. Ce serait une erreur et une aberration de le supprimer.

 

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