Stages: l’école doit aider les élèves, en s’ouvrant au marché du travail

Alors que le Sénat vote un texte visant à améliorer le statut des stagiaires, Michel Rose et l’équipe Education de L’avenir n’attend pas publient le 14/05/2014 sur le site de La Tribune un communiqué soulignant les liens trop faibles entre le système éducatif et le monde de l’entreprise.

Alors que l’examen de la proposition de loi pour protéger les stagiaires se termine au Sénat, une récente enquête du Centre d’étude et de recherche sur les qualifications (CEREQ) dresse le portrait de la génération sortie du cycle scolaire en 2010.

 Cette enquête qui chiffre à 22% les jeunes actifs en recherche d’emploi [1] indique que, sans surprise, les jeunes d’aujourd’hui subissent fortement la conjoncture économique et que même pour les plus qualifiés, l’entrée dans la vie active est de plus en plus longue, comme l’atteste l’allongement de la durée de recherche d’emploi. Plus précisément, par rapport à leurs prédécesseurs, les jeunes passent un mois de plus (sept mois) à chercher un emploi si bien que, sur une période de trois ans après l’entrée dans la vie active, le temps de recherche d’emploi est supérieur au temps d’occupation du poste.

 Les passerelles trop faibles entre l’entreprise et l’école

Cette difficile réalité s’explique en partie par la faiblesse du lien et des passerelles entre le monde de l’éducation et celui de l’entreprise. Bien sûr, l’existence et l’obligation de réaliser un stage est de nature à améliorer l’insertion dans la vie professionnelle. Le stage est ainsi devenu un outil incontournable pour l’insertion des jeunes et l’amélioration du « statut » des stagiaires permis par l’adoption de la proposition de loi du 24 février 2014 relative à l’encadrement des stages constitue à cet égard une avancée importante.

Elle permettra ainsi d’améliorer la vie quotidienne des stagiaires : tickets restaurants, prise en charge des frais de transport ; versement d’une paie ajustée ; meilleure protection face aux abus et fixation d’un quota maximum de stagiaires. Cependant, on peut regretter que le législateur n’ait pas saisi l’occasion de cette loi pour renforcer le volet de la réglementation de 2009 relative aux stages obligatoires en lycée [2].

Les élèves de CAP et bac Pro peinent à trouver des stages

En Île-de-France par exemple, près de 120 000 élèves préparent chaque année un CAP ou un Bac pro dans un lycée et sont soumis à une obligation de stage.15 % d’entre eux rencontrent de grandes difficultés soit à trouver un stage ou une formation chez l’employeur, soit ne trouvent pas de stage dans les délais. Il appartient donc aux pouvoirs publics d’aider chaque élève à trouver un stage car le stage est la première ligne du CV et conditionne, ensuite largement, la qualité du premier emploi [3].

Or, trouver un stage adapté relève aujourd’hui du parcours du combattant. Pour les 15% qui ne trouvent pas de stage, la non-réponse d’entreprises d’accueil est douloureuse. Plusieurs explications sont avancées :

– discrimination pure et simple subie en raison de l’appartenance à tel ou tel quartier ou commune, ou en raison du nom de l’élève ;

-faible implication de certaines entreprises pour lesquelles un stagiaire s’apparente à une charge supplémentaire ;

-méconnaissance par les parents des réseaux et du processus de stage ;

– plus marginalement, manque de ressources, de disponibilité et parfois d’implication de certains chefs de travaux à un moment donné, pour aider à dégager un stage dans les délais.

 Mettre en place les meilleures conditions d’une intégration

Être stagiaire n’est pas un statut permanent mais une situation temporaire éprouvée en vue d’une découverte d’un métier ou de l’acquisition de compétences et de savoir-faire. Le « bon usage » du stage implique d’abord un effort convergent de l’ensemble des acteurs du marché de l’emploi vers un seul objectif : mettre en place les meilleures conditions pour que le jeune puisse s’intégrer au marché du travail de manière fluide. Pour cela, les collectivités territoriales sont des acteurs proches de l’emploi et de la formation et peuvent organiser un maillage économique prégnant.

Certains dispositifs existants peuvent les inspirer (par exemple, de la mise en œuvre en Ile-de-France depuis 2011 de « entreprises et collectivités, partenaire des lycéennes – un stage pour tous »). Ensuite, l’Éducation nationale, a son rôle à jouer à travers la mobilisation du corps enseignant, en les incitant à penser des projets pédagogiques avec des intervenants extérieurs, à s’appuyer sur le parcours d’information et d’orientation, en les sensibilisant aux nouvelles structures (Conseil national éducation-économie) ou aux dispositifs nationaux (le site ONISEP monstageenligne.fr, par exemple). L’école doit être dans une démarche d’ouverture vers les partenaires économiques car l’école ne pourra pas résoudre les inégalités d’accès aux stages si elle n’associe pas les entreprises.

Enfin et surtout, les publics concernés attendent des organisations et associations patronales un fort volontarisme pour ne considérer les effectifs stagiaire comme une simple variable d’ajustement économique[4]. La confiance dans notre jeunesse, envers les futures générations ne se décrète pas certes mais elle se co-construit.

 

 

 

[1] Enquête menée auprès d'un échantillon représentatif de 33 000 jeunes ayant quitté le système scolaire à l'issue en juin 2010 ; elle fait suite à 5 précédentes enquêtes depuis 1992.
[2] La loi du 4 novembre 2009 relative à l'orientation et à la formation professionnelle tout au long de la vie prévoit notamment une période de stage obligatoire pour les lycéens, 16 à 22 semaines répartis sur 3 ans pour les bac Pro et 12 à 16 semaines sur 2 années pour les CAP. Cette  période de formation en milieu professionnel est géré par la communauté éducative.
[3] S'agissant des lycéens, certains d'entre eux présumés décrocheurs potentiels ou peu adaptés à la scolarité classique s'épanouisse à travers ces stages en contexte professionnel.
[4] En ce sens, lire: "Le stage. Formation ou exploitation? " Ouvrage collectif sous la direction de V. Briant et D Glaymann , Presses universitaires de Rennes, 2013