Débat « Après Charlie, quelle République ? »

_DSC6525_DxOAu lendemain de la communion nationale du 11 janvier 2015, le collectif l’Avenir n’attend pas a souhaité réunir toutes celles et ceux qui par leur engagement au quotidien défendent les valeurs républicaines. Les murs du 6ème bureau de l’Assemblée nationale étaient encore imprégnés de l’esprit Charlie. Une centaine de citoyen-ne-s de tous bords, confessions religieuses ou origines ont répondu présent-e-s à la 3ème rencontre du cycle : comment ré-enchanter l’action politique et publique ?

Durant près de deux heures, Jean-Louis Bianco, ancien député et président de l’Observatoire de la Laïcité, 
Christophe Barbier, journaliste, directeur de la rédaction de L’Express,

Juliette Méadel, avocate, fondatrice du collectif, ont tenté de répondre à la question : « Après Charlie, quelle République ? »



Introduisant le débat, Benoit Joseph Onambélé a établi un diagnostic partagé par les 3 intervenants, à savoir : une défiance relative d’une partie de la société, et parallèlement d’un fort attachement à la laïcité et aux principes de la nation Française.

La question de la place de la laïcité dans la République a suscité des interventions animées de la salle, Jean-Louis Bianco soulignant la relativité de cette valeur qui dépend en fait de la capacité de la République à faire respecter ses principes même : la laïcité n’est pas un acquis mais une mobilisation de tous les jours. Le combat des inégalités, injustices et discriminations est préalable à la sauvegarde de la laïcité. A l’appui du récent ouvrage de l’historien Benjamin Stora qui déplore l’absence de « récit homogène national » (cf. l’Histoire des relations entre Juifs et musulmans, Ed. Albin Michel), Benoît Joseph, a rappelé la difficulté de certains citoyens à se reconnaître dans la République aujourd’hui.

Prenant l’exemple de la fameuse « affaire du Voile islamique », un ancien élu local a pu livrer sa perception de la laïcité. Aux yeux de certains musulmans, dans l’interprétation et l’application qui en a été faite depuis les années 1990, elle poserait « davantage de restrictions et d’interdictions que de liberté ».

Un élu du Nord-Pas de Calais a rappelé la communauté de bien que représente la laïcité et a mis en avant le rôle primordial du service public dans notre modèle de société (police, services sociaux etc). On peut regretter selon lui, que cette valeur ait été si longtemps concédée, au risque de passer entre les mains du Front national. Or, comme l’a rappelé avec vigueur le président de l’Observatoire de la laïcité : les racines de la France et de l’Europe sont multiculturelles.

La réflexion sur l’égalité a suscité plusieurs prises de paroles autour des réalités de terrain : qui sont réellement les jeunes qui gagnent leur vie en tirant les fruits de l‘économie souterraine ? Quel est le coût des mesures d’insertion proposées depuis tant d’années ?…Ce à quoi Juliette Méadel a répondu par une comparaison avec le coût social et financier du chômage des mêmes jeunes si rien n’était proposé par les pouvoirs public…

La seconde partie de débat était consacrée aux relations entre la France et le monde arabe. L’exposé de Myriam Benraad, Docteur en science politique de l’Institut d’études politiques de Paris, a retenu l’attention de la salle. Cette spécialiste du monde arabe a mis en garde contre toute forme de simplification de l’Islam, soulignant d’ailleurs qu’il n’y a pas de définition possible de l’Islam de France. C’est précisément sur cet aspect que prospère l’offre djihadiste, plus ou moins soutenue par certains Etats. L’enjeu de la lutte contre la radicalisation doit dépasser le cadre hexagonal pour lui préférer une approche globale, a-t-elle insisté.

Le public est resté jusqu’au bout de la soirée pour entendre les conclusions passionnées de Christophe Barbier. Le journaliste de l’Express a appelé de ses vœux un nouveau chantier législatif qui renouvellerait la loi de 1905…le fait religieux et le fait politiques ont depuis un siècle considérablement évolué.

Il y a nécessité de redonner du sens au parcours certains jeunes. L’idée d’un service civique obligatoire a été mise en exergue. Concrètement, il s’agirait d’une ou plusieurs périodes de service à la collectivité, dans une logique de contrepartie (le jeune rend service mais passe un brevet, un permis de conduire par exemple, et reçoit une rémunération pour ce temps obligatoire). Enfin, Christophe Barbier a proposé une appellation plus moderne tel « l’engagement civique citoyen », qui s’étendrait sur 2 périodes de 3 ou 4 mois, à 2 âges éloignés de la vie, avec possibilité de transformation en service militaire volontaire. Bien sûr cela ne vaut que si les jeunes sont traités à égalité devant cette obligation, afin qu’aucun fils d’archevêque n’y échappe…

Résumé par Michel Rose