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Compte rendu sur le « 2e sommet de l’économie »

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Compte rendu réalisé par Gabrielle Siry et l’équipe de publication de l’Avenir n’attend pas

Lors du « 2e sommet de l’économie », organisé par le magazine Challenges, une table ronde s’est tenue sur l’impact du développement du numérique sur l’économie, et en particulier sur l’emploi. Deux interventions particulièrement frappantes sont retracées ci-dessous.

Nicolas Colin, cofondateur de TheFamily, incubateur de start-ups, et membre de la CNIL

Deux spectres hantent actuellement les discussions autour de l’impact sur l’emploi de la numérisation de l’économie. Il s’agit de l’automatisation et du travail indépendant (travail à l’heure, travail à la tâche notamment).

Comme l’a notamment souligné l’économiste David Thesmar dans ses travaux, la numérisation provoque une polarisation du marché de l’emploi. En effet, son impact est particulièrement marqué sur la demande de travail aux deux extrémités de l’échelle des qualifications, et donc des revenus. D’un côté, des emplois très qualifiés et très bien rémunérés (managers, financiers…) sont créés. De l’autre, des emplois peu productifs et faiblement rémunérés, au premier rang desquels les services à la personne, sont jusqu’à aujourd’hui peu affectés et concurrencés par l’essor du numérique . A l’inverse, les emplois routiniers intermédiaires, occupés par un large pan des classes moyennes, sont menacés de remplacement par le développement du numérique et l’automatisation. Le sentiment d’insécurité et l’impression d’une menace de destruction massive d’emplois viendraient notamment du fait que les emplois détruits sont les emplois emblématiques des Trente Glorieuses. Ils répondent à l’archétype de l’employé-salarié faisant sa carrière dans la même entreprise, sur lequel est fondé notre système de protection sociale.

D’après Nicolas Colin, l’enjeu est donc de faire monter en revenus les emplois faiblement qualifiés pour que ceux-ci puissent devenir les classes moyennes de demain. L’équipement en technologie numérique pourrait permettre cette montée en gamme et justifier une meilleure rémunération.

La question de la protection sociale est donc centrale. L’évolution des carrières sera désormais sans doute plus discontinue, comprenant davantage de périodes de transition professionnelle, qui doivent en particulier être permises par la formation. Cette nouvelle approche de la vie professionnelle fait également naître de nouveaux besoins, tels qu’un accès facilité au logement par exemple, afin de répondre aux besoins de mobilité pour pourvoir les nouveaux emplois créés.

Outre la transformation des institutions, cette mutation doit également avoir lieu au sein des entreprises. L’ère qui s’ouvre est celle de la personnalisation du service. Dans ce contexte, la notion de proximité se transforme. Celle-ci n’a plus lieu en agence (bancaire, postale…) mais se ramifie jusque dans la sphère personnelle (utilisation d’applications dédiées, livraisons à domicile facilitées et plus rapides par exemple). Pour que les entreprises puissent ainsi entrer dans la vie privée, il faut qu’elles suscitent la confiance des consommateurs, afin que ces derniers acceptent de leur confier leurs données personnelles.

Philippe Wahl, Président du groupe La Poste

Nous nous situons dans une révolution de type schumpétérienne de destruction créatrice. La question que pose le développement du numérique et son impact grandissant sur l’économie est celle du solde net. On ignore aujourd’hui si la « révolution numérique » est capable de créer au moins autant d’emplois qu’elle n’en détruit. À titre d’exemple, dans le domaine postal, le courrier baisse de 7 % par an, ce qui détruit évidemment de l’emploi. Pour conserver des clients, les services doivent s’adapter au plus près des besoins. Ainsi, La Poste a développé de nouveaux services et va continuer à innover. Il est par exemple désormais possible d’envoyer des colis en les mettant dans sa propre boîte aux lettres pour que quelqu’un vienne le récupérer.
Le savoir-faire de la relation client est une notion-clé. À ce titre, le vieillissement n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour certains secteurs de l’économie. Dans le domaine du courrier, les personnes âgées sont demandeuses d’accompagnement ; la relation humaine demeure à ce titre essentielle.

En guise de conclusion…

L’essor du numérique bouleversera notre économie ainsi que notre rapport au marché du travail et à la protection sociale. Notre appréhension du déroulement de notre vie professionnelle et de ses interactions avec notre vie personnelle est conduite à évoluer. En ce sens, l’évolution de notre système social et des modalités d’accompagnement de la personne est plus qu’inéluctable ; elle est souhaitable.

Néanmoins, face aux changements de cette « révolution numérique », et au-delà des impacts sur les créations nettes d’emploi, se pose en creux une question essentielle. Qui occupera les emplois de demain ? Ceux qui voient leurs emplois détruits aujourd’hui disposeront-ils des armes (comprendre des qualifications) pour bien s’insérer dans cette nouvelle économie qui se dessine ? Plus que jamais, un accompagnement concret est nécessaire et doit en particulier s’appuyer sur un renforcement et une adaptation de la formation (initiale mais surtout continue). Les réflexions qui président actuellement à l’élaboration du compte personnel d’activité (CPA) doivent constituer la pierre angulaire de ce développement du modèle social de demain.

Apparaît dans : Brèves, Dernières contributions, Education, Numérique

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